La Provence au rythme du jazz

A la Libération, dans le premier numéro de Jazz Hot lors de sa reparution, on trouve un article plus que flatteur titré : “Hugues Panassié à Marseille, nouvelle capitale du jazz” dans lequel l’auteur affirme que la présence de centaines de musiciens de jazz noirs américains en ville fait de la section marseillaise du Hot Club de France, la formation la plus privilégiée.

Des jam-sessions sont organisées tous les dimanches à la Plaine. Au bar du Grand Hôtel Noailles, le jazz est aussi présent grâce au pianiste Willy Molinetti. Le Martinez, caveau du type Saint Germain des Prés propose également concerts et dancing. Au même moment, une section du Hot Club se crée à Aix. En 1946, Louis Amstrong vient à Marseille. En 1948, Dizzy Gillespie et son grand orchestre se produisent à l’Opéra. Et l’année suivante, c’est le tour de Charlie Parker. Les grandes vedettes du Jazz prennent ainsi l’habitude de passer par Marseille.

Portrait d'un grand jazzman Ray Charles

Ray Charles

Miles Davis © Irving Penn

Be Bop en cave © Doisneau

Parmi le nombre de concerts mémorables, rappelons en 58 Charlie Mingus, Art Blakey et les Messengers, en 61 le mythique concert qui a vu sur la scène de l’Alcazar Bud Powell et Thelonious Monk. En 63, on a pu entendre Duke Ellington et son grand orchestre lors d’un gala à la Faculté de Médecine en faveur de la Recherche contre le Cancer, Ray Charles et Oscar Peterson ou en 64, Miles Davis. Cette année-là est une année décisive pour le jazz à Marseille puisque Pierre Barbizet, directeur du Conservatoire National de Marseille depuis 1959, autorise Guy Longnon (trompettiste de Sydney Bechet) à créer la première classe de Jazz dans un conservatoire en France. Ainsi, naîtra la première génération de musiciens de Jazz non autodidactes. Les années 60, c’est aussi pour Marseille, l’expérience du Free Jazz.

À la fin des années 70, Marseille fait son retour au Jazz. Jean Pelle, d’abord au “Passe-Temps” puis dès 1979 avec le “Pelle-Mêle” se fait le grand animateur de la scène Jazz marseillaise.

En 1982, Yves Sportis crée l’association “Le cri du Port” qui assure la programmation régulière de nombreux concerts : Lionel Hampton, Dizzy Gillespie, Wayne Shorter, Stan Getz, Chet Baker. À cette occasion, Lionel Hampton et Dizzy Gillespie recevront la médaille de la Ville. Le cri du Port co-produit 2 films : “Chico Freeman : escale à Marseille” (1984) et “Robin Kenyatta” (1987).

Charlie Jazz Festival

Marseille Jazz des Cinq Continents

Aujourd'hui, les nombreux enseignements artistiques dispensés sur notre territoire témoignent de la vivacité des pratiques instrumentales et de la force d’un réseau reliant publics, musiciens amateurs et professionnels, organisateurs occasionnels parfois bénévoles et diffuseurs professionnels.

Notre département est certes riche de structures actives mais également de superbes festivals de jazz se sont créés dont le plus important, Marseille Jazz des Cinq Continents, Charlie Free et son Moulin à jazz, beaucoup de lieux comme Le Cri du Port à Marseille, également centre de ressources, un incontournable centre de formation professionnelle des musiciens et des ingénieurs du son – l’IMFP à Salon de Provence, et de nombreux enseignements artistiques de qualité disséminés sur le territoire – Conservatoires d’Aix-en-Provence, de Marseille, de Marignane ou de Martigues, mais aussi la Cité de la Musique : c’est autant d’élèves et de talents prometteurs…

jazz à Beaupré

Yaron Herman Trio Château-Bas Mimet au Festival de Piano de la Roque d’Anthéron @ Claire Le Goff

Dans le cadre de la politique culturelle de notre département qui soutient fortement nos festivals, l’esprit de l’improvisation du jazz souffle aussi sur les rendez-vous importants de la culture savante, comme les Festivals Internationaux d’Art Lyrique d’Aix lorsqu’il invite le Chœur de l’Opéra de Cape Town ou le saxophoniste Raphaël Imbert, ou celui de Piano de la Roque d’Anthéron, qui propose des Nuits du Jazz au Parc du Château de Florans ou à Rognes.

Entre cette force de la transmission et ce rayonnement festivalier, le territoire des Bouches-du-Rhône est jalonné d’événements militants et d’acteurs qui contribuent aussi au maillage du jazz dans notre territoire : de Marseille Concerts et sa programmation décloisonnante au Théâtre de la Criée, d’Emouvance et son festival autour de la création porté par Claude Tchamitchian, de la Meson à Marseille au Petit Duc à Aix-en-Provence, en passant par le Forum à Berre-l’Etang, de Jazz à Beaupré ou à St-Remy, le jazz bat le rythme de notre département tout au long de l’année.

jazz sur la ville Ultra-Light-Blazer © Fersen-Sherkann

Chasin Trane sur John Coltrane

Jazz sur la ville

Dans ce paysage, depuis maintenant 10 ans, la présence de Jazz sur la Ville est la preuve d’une volonté des acteurs de la musique du Département d’aller encore plus loin dans la défense du jazz et son accès à tous les publics.
Les Provençaux savent que chaque année ils ont rendez-vous avec le jazz pendant l’automne.

Créée au départ par 6 adhérents marseillais, Jazz sur la Ville n’a cessé de grandir et compte aujourd'hui 35 adhérents, et réunit pour cette nouvelle édition 50 structures culturelles.
Parmi elles, j’en ai cité déjà beaucoup en évoquant le paysage du jazz dans notre Département, mais j’ajouterai également en exemple tous ces acteurs dynamiques, qui ne sont pas spécifiquement jazz comme l’Eolienne, le Cabaret Aléatoire, le Poste à Galène, ou le Non-Lieu, jusqu’à l’Espace Julien. Ce ne sont pas seulement des théâtres qui accueillent l’opération, mais aussi des bibliothèques, des cinémas, et des musées.

Une manifestation unique et exemplaire en France qui offre, chaque année, un panorama international, pour nous faire vivre le jazz de façon intense.

James Reese Europe, le "Martin Luther King de la musique"

Dizzy Gillespie/ Ella Fitzgerald / Thelonious «Sphere» Monk / Mongo Santamaria tous nés en 1917

100 ans de jazz en 2017

26 février 1917*. Enregistrement de Livery Stable Blues, premier enregistrement d’un disque de jazz à Chicago par… cinq artistes blancs ! Originaires de La Nouvelle-Orléans, ces artistes forment l’Original Dixieland Jazz Band et revendiquent l’invention du mot « jazz ».

25 avril 1917. Naissance d‘Ella Fitzgerald, « The First Lady Of Song », l’une des plus belles voix de l’histoire du jazz.

18 juillet 1917. Naissance d’Henri Salvador, guitariste de jazz puis crooner à la française.

22 août 1917. Naissance de John Lee Hooker, guitariste et chanteur de blues, figure majeure de la musique afro-américaine.

10 octobre 1917. Naissance de Thelonious «Sphere» Monk, véritable révolutionnaire du piano.

21 octobre 1917. Naissance de John Birks Gillespie dit «Dizzy» Gillespie, qui marque de son empreinte de géant le jazz en créant avec Charlie Parker le bebop.

27 décembre 1917. Débarquement à Brest du premier brassband dirigé par le lieutenant noir James Reese, venu à bord du Pocahontas.

*«Cette date du 26 février 1917 a été retenue, par une sorte d’habitude, comme l’acte de naissance symbolique du jazz. D’où quelques exclamations ravies, par-ci, par-là, à propos du supposé centenaire du jazz. Cela n’a pourtant pas grand sens dans la mesure où le langage du jazz est le fruit d’une longue maturation et pas un phénomène qui apparaît du jour au lendemain. Par ailleurs, on ne sait rien de ce que jouaient les orchestres afro-américains de New Orleans avant 1922 (premier enregistrement de Kid Ory). Que l’ODJB ait gravé le premier enregistrement jazz (ou assimilé) est un hasard de l’histoire…». Jazz Hot-Mars 2017

Dimitri Kogan & Nathalie Ammirati
Extrait de la Petite histoire du jazz à Marseille de Roger Luccioni et Jean Pelle

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